ÉDITORIAL
Souvenons-nous, en 1968 le slogan qui faisait fureur était : Il est interdit d’interdire !
Les temps ont changé. Le terrorisme intellectuel, la manipulation médiatique et l’intolérance à tout ce qui est contraire à la DOXA sont des concepts qui suscitent quelques débats en France, notamment dans les sphères politique, médiatique et intellectuelle. Ces notions désignent des phénomènes où les idées, les débats ou les opinions sont perçus comme contrôlés, censurés, ou orientés de manière à favoriser certains courants de pensée, au détriment d’une diversité d’expression.
Le «terrorisme intellectuel» est une expression utilisée pour dénoncer une forme de pression idéologique exercée dans le champ du débat public. Elle reflète :
• une volonté de discréditer ou de réduire au silence des opinions dissidentes,
• une domination idéologique d’un groupe ou d’une pensée sur les autres,
• l’usage de termes stigmatisants comme «raciste», «populiste», «extrême droite», «extrême gauche», ou «complotiste», pour délégitimer des positions.
Les critiques pointent souvent les acteurs médiatiques, universitaires ou politiques qui, selon eux, imposeraient des cadres normatifs rigides sur ce qui est «acceptable» ou «moralement correct».
La manipulation médiatique est un concept palpable et renvoie à l’idée que certains médias, influencés par des intérêts économiques, politiques ou idéologiques, orientent l’information pour :
- susciter le consentement (selon le concept de Noam Chomsky - écrivain américain - qui décortique l’influence des médias),
- imposer un cadrage narratif spécifique sur des sujets sensibles (immigration, sécurité, religion, politique, etc.),
- mettre en avant certaines figures ou thématiques tout en en occultant d’autres.
Par exemple :
* Couverture biaisée : Certains médias sont accusés de donner plus de visibilité aux opinions conformes aux intérêts de leurs propriétaires ou de leur ligne éditoriale.
* Agenda-setting : la hiérarchisation de l’information peut créer des priorités fictives ou ignorer certains enjeux cruciaux.
* Narratifs simplificateurs : les médias favorisent parfois des discours manichéens, au détriment de l’analyse critique et nuancée.
En France, ces problématiques prennent une teinte particulière au travers de polémiques liées :
- à la liberté d’expression : débats autour de la «cancel culture» et des limites de ce qui peut être exprimé dans l’espace public,
- aux chaînes d’information nationales. Elles occultent les informations dites sensibles sur le banditisme, les agressions sexuelles commises sous OQTF, les violences dues au trafic de drogue, etc.,
- aux chaînes d’information en continu. Elles sont accusées de surenchère émotionnelle ou de sensationnalisme, notamment sur des sujets comme le terrorisme, l’immigration ou les violences urbaines,
- à l’éducation et aux institutions académiques : certaines voix dénoncent une emprise de courant «déconstructeur» ou «woke» dans les universités, tandis que d’autres considèrent que ce discours est un fantasme agité par des conservateurs.
- l’intolérance enfin. Qui a entendu ces informations relatives au philosophe Michel Onfray, interdit dans un lycée agricole de Caen ? « Un petit noyau de professeurs ne voulait pas que je vienne ». Comment est-ce possible ? C8 et CNEWS font également partie de cet ostracisme rampant.
Pour contrer le terrorisme intellectuel, il faudrait pouvoir renforcer le pluralisme des idées dans les médias, les institutions académiques et protéger les espaces de débat, même pour des opinions controversées.
Pour limiter la manipulation médiatique favorisée par une idéologie politique minoritaire, il serait nécessaire de former le public à l’esprit critique face aux informations distillées par l’éducation et les médias.
Pour favoriser la tolérance aux idées, c’est à nos élus de montrer l’exemple et il y a encore énormément de chemin à faire.
Ces thématiques restent particulièrement sensibles en France, car elles touchent aux fondements de la démocratie : liberté d’expression, pluralisme et rôle des médias. Elles révèlent surtout les fractures sociales et culturelles d’un pays où les élites s’emploient à limiter la diffusion des idées.
Jean-Marc Long